Le 14 octobre 2025, Bouygues Telecom, Iliad et Orange dĂ©posent une offre conjointe non contraignante pour racheter une large partie des activitĂ©s tĂ©lĂ©coms dâAltice/SFR, valorisĂ©e Ă 17 milliards dâeuros.
Lâoffre exclut plusieurs branches (Intelcia, UltraEdge, XP Fibre, activitĂ©s ultramarines) qui resteront sous contrĂŽle dâAltice.
Répartition envisagée : 43 % Bouygues, 30 % Iliad, 27 % Orange.
Ce que les chiffres ne disent pas : un champ de mines humain, comportemental et contractuel.
1. Signaux de tension
Aucun communiqué ne mentionne les centres névralgiques (datacenters, sites fibre). Ce silence est stratégique : celui qui localisera les points critiques gagnera la partie.
En conservant Intelcia, Altice garde la main sur le back-office externalisĂ© â levier de pression potentiel sur les repreneurs.
Les syndicats sont en alerte : la fragmentation annoncée déclenchera des résistances locales sur les sites techniques.
Les crĂ©anciers dâAltice, dĂ©sormais dĂ©tenteurs dâenviron 45 % du capital, deviennent acteurs Ă part entiĂšre : leurs attentes financiĂšres peuvent ralentir ou rĂ©orienter la transaction.
2. Jeu des acteurs
Patrick Drahi / Altice : contraint de cĂ©der la âface commercialeâ, il conserve les actifs dâinfluence pour rester dans la partie.
Bouygues : veut se poser en architecte industriel dâun SFR recomposĂ©.
Iliad : lâoutsider agile qui cible les segments nĂ©gligĂ©s pour maximiser le rendement.
Orange : avance masquĂ©, verrouille ses infrastructures, laisse Bouygues jouer le rĂŽle dâagitateur.
3. Variables clés
Les clauses change-of-control et dépendances contractuelles (maintenance, fibre, droit de passage) formeront un champ de bataille juridique.
Une co-entité tampon gérera les actifs non transférables, devenant un instrument de pression entre repreneurs.
Les contrats publics â parfois assortis de clauses de rupture selon le nouveau titulaire â seront des points de friction.
Et la fuite des clients B2B sensibles, pendant la phase dâincertitude (18-24 mois), pourrait rebattre le jeu concurrentiel.
4. ScĂ©nario probable (12â24 mois)
1. Audits techniques et juridiques dâune rare intensitĂ©.
2. Concessions imposĂ©es par les autoritĂ©s (ARCEP, Concurrence, Ătat).
3. Plan social calibré : garanties locales contre silence syndical.
4. Période transitoire : flux fragmentés, délais prolongés.
5. à terme, un marché reconfiguré autour de trois pÎles majeurs, moins concurrentiel mais plus verrouillé.
Conclusion
Ce nâest pas une vente, câest une recomposition du pouvoir tĂ©lĂ©com français.
Les véritables batailles se joueront dans les clauses invisibles, les interdépendances techniques et la psychologie des acteurs.
Celui qui dominera ne sera pas celui qui paye le plus, mais celui qui lit le jeu humain avant quâil ne sâĂ©crive.
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