LE POUVOIR APPREND AUX AUTRES CE QU’ILS PEUVENT ENCORE VOUS MONTRER.

Votre comité exécutif acquiesce plus vite.

Les réunions sont plus fluides.

Les objections disparaissent.

Les décisions semblent mieux comprises.

Vous pourriez y voir la preuve que votre leadership s’est imposé.

C’est peut-être exactement l’inverse.

Plus vous avez de pouvoir, plus ceux qui vous entourent apprennent à vous lire.

Ce qu’il est possible de dire.

Ce qu’il vaut mieux reformuler.

Ce qui doit attendre.

Et ce que vous n’avez plus envie d’entendre.

Alors une alerte devient un « point de vigilance ».

Une lutte d’influence devient un « désaccord opérationnel ».

Un dirigeant qui a intérieurement décroché reste « pleinement engagé ».

Une nomination qui inquiète tout le monde est officiellement « unanimement soutenue ».

Un collaborateur devenu toxique demeure « incontournable ».

Et un projet déjà mort dans les couloirs reste vert dans les tableaux de bord.

Personne ne ment véritablement.

Chacun adapte la réalité à votre pouvoir, à vos réactions et au prix qu’il faudrait payer pour vous la livrer intacte.

C’est ainsi que les organisations deviennent aveugles.

Pas faute d’informations.

Mais parce que l’information qui dérange n’a plus intérêt à circuler.

Le pouvoir transforme toujours la vérité avant qu’elle ne parvienne à celui qui le détient.

Un regard fermé.

Une interruption.

Une contradiction vécue comme une attaque.

Une mauvaise nouvelle immédiatement suivie d’une recherche de responsable.

Cela suffit.

Vous pensez avoir réagi à une situation.

Votre entourage, lui, vient d’apprendre une règle.

Et cette règle se diffusera beaucoup plus vite que toutes vos déclarations sur la transparence, la confiance ou le droit à l’erreur.

La question n’est donc pas :

« Mes équipes me disent-elles la vérité ? »

Elles vous répondront oui.

La vraie question est :

« Qu’est-il arrivé à la dernière personne qui m’a dit ce que je ne voulais pas entendre ? »

A-t-elle été écoutée ?

Écartée ?

Contredite jusqu’à l’épuisement ?

Progressivement sortie du cercle de confiance ?

Ou remplacée par quelqu’un de plus rassurant ?

Si les mauvaises nouvelles vous arrivent toujours tard, ce n’est peut-être pas un problème de reporting.

Si les départs vous surprennent, ce n’est peut-être pas un problème de communication.

Si personne ne conteste vos décisions, ce n’est peut-être pas parce qu’elles sont excellentes.

Et si tout le monde semble d’accord avec vous, ce n’est pas toujours de l’adhésion.

C’est parfois simplement de la prudence.

Votre organisation connaît probablement déjà la vérité.

Elle circule dans les couloirs, les silences, les regards et les conversations auxquelles vous n’assistez plus.

Elle a seulement cessé de vous parvenir dans son état d’origine.

Le véritable angle mort d’un dirigeant n’est donc pas ce qu’il ne voit pas.

C’est ce que son pouvoir a progressivement appris aux autres à ne plus lui montrer.

#HumintAdvisory


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